J’ai l’honneur de vous adresser les renseignements que vous me demandez, sur les causes de renvoi de nos usines des enfants âgés de moins de seize ans.
Il y a quelques ans, M. C…, inspecteur chargé de la surveillance des usines d’A… en ce qui concerne le travail des enfants, a dressé un procès-verbal contre M. D…, pour irrégularité de quelques livrets et pour défaut de livrets de la part de quelques enfants. Par suite de ce procès-verbal, un, jugement du tribunal de correctionnelle a prononcé une condamnation contre M. D….
Ce dernier craignant un nouveau procès-verbal a renvoyé de son usine cinquante ou soixante enfants qu’il occupait contrairement aux prescriptions de la loi sur le travail des enfants. Une grande partie des enfants renvoyés a trouvé à s’occuper soit dans d’autres ateliers soit même chez M D…, il reste aujourd’hui environ quinze que l’on n’a pas voulu admettre. M D… consentirait volontiers à les occuper de nouveau s’il avait la certitude de pouvoir le faire légalement et sans s’exposer à des poursuites.
Les parents de ces enfants se sont adressés à moi et j’ai engagé l’un deux à vous soumettre une demande à l’effet d’obtenir de vous que le travail de ces enfants soit toléré. Presque tous ces parents ont besoin du travail de leurs enfants. La vie est extrêmement chère ici ; d’un autre côté un certain nombre d’enfants de 12 à 16 ans inoccupés seraient le fléau de la commune, ce serait autant de pillards que nos gardes ne suffiraient pas à maintenir. Je dois maintenant, Monsieur le Préfet, vous dire quel genre de travail ils sont occupés à l’usine D…
Les enfants renvoyés sont âgés de 12 à moins de 16 ans, leur travail consiste à soutenir les plus petits fers qui passent au laminoir et de les dresser sur la plaque pendant qu’ils sont chauds avec des maillets en bois. Le travail est de 12 heures pendant lesquelles le repos et le travail alternent en 15 à 20 mn de travail, puis une demi-heure de repos, pendant laquelle demi-heure les enfants se reposent ou jouent entre eux à leur volonté.
Chaque enfant devrait travailler pendant une semaine de jour, puis une semaine de nuit, un dimanche de travail et un dimanche de repos, tous les jours de grande fête l’usine est arrêtée, et chaque quinzaine il y a aussi deux ou trois jours de repos.
Toutes les familles de ces enfants ont le plus grand désir de les voir occupés le plus tôt possible.
M D… est animé des meilleures intentions envers ses ouvriers ; dans le courant de l’hiver dernier, je l’ai engagé à user de son autorité pour amener ses ouvriers à envoyer leurs enfants à l’école, il a accédé de suite à ma demande et nous avons obtenu quelques résultats. Il m’a remis une somme de cent francs destinée à payer l’écolage et la décharge de ses ouvriers indigents
Je regarderais comme une chose heureuse que l’autorisation demandée puisse-être accordée. Le travail donné à ces enfants n’est pas insalubre, il se fait sous un hangar aéré et peut être considéré plutôt comme un exercice salutaire que nuisible. Je les ai vus moi-même faire ce travail gaiment et ne pas en ressentir la moindre fatigue.
J’ai l’honneur d’être, Monsieur le Préfet, votre très humble et obéissant serviteur.
Le maire d’A….
Source : Archives départementales de la Moselle pubié par le Comité d’histoire des administrations chargées du travail
| Imprimer